L’illusion du starting stack en tournoi de Poker
Stack de départ, durée des niveaux, vitesse des blinds — trois paramètres, une seule question : le tournoi va t-il se transformer en crapshot ou est-ce qu’on va avoir le temps de jouer ?
Stack de départ, durée des niveaux, vitesse des blinds — trois paramètres, une seule question : le tournoi va t-il se transformer en crapshot ou est-ce qu’on va avoir le temps de jouer ?
L’illusion du flyer
Que regardent la plupart des joueurs lorsqu’ils comparent deux tournois avant de s’y inscrire ? La plupart vont parler du buy-in, de la garantie et du stack de départ. Ce sont les trois éléments mis en avant en premier lieu sur chaque annonce sur les réseaux et sur chaque flyer (un exemple avec ce flyer pour les NTSOP : certes la durée des levels est indiquée mais ce n’est pas ce qu’on met principalement en avant)
Ce sont aussi les trois chiffres les moins utiles pour évaluer la qualité d’une structure.
La garantie dit combien d’argent est en jeu au minimum, pas si c’est un tournoi turbo qui va durer 2h ou un deep qui durera 5 jours. Le buy-in ne te donne aucune indication non plus, hormis le fait qu’intuitivement on a l’impression que plus le tournoi est cher et plus il sera confortable, ce qui est assez souvent faux, il suffit de regarder les dailys du Wynn à $1,100 pendant les summer series et de les comparer aux deepstack de l’Orleans à $400. Quant au stack de départ — le grand argument marketing de l’industrie — te dit très peu de chose si tu ne le mets pas en relation avec tout le reste. Il suffit ici aussi de regarder le WSOP Senior à $1,000 qui possède un starting stack de 20,000 jetons seulement et qui pourtant va durer 4 ou 5 jours, alors que dans le même temps on trouve des tournois à 50,000 jetons sur les series qui se finissent en 1 seul jour.
Les deux paramètres cruciaux sont d’une part la durée des niveaux et surtout la vitesse à laquelle les blinds augmentent, le niveau d’après 1000/2000/2000 est-il 1000/2500/2500 ou 2000/4000/4000 ? Ce sont ces deux paramètres qui déterminent si le tournoi sera confortable et si les joueurs pourront développer un vrai poker élaboré ou si cela va se transformer rapidement en survie et coin flips. Deux paramètres auxquels la plupart des joueurs font peu attention au moment de choisir leur tournoi.

Le starting stack : un paramètre peu impactant
Prenons un exemple réel. L’Event 10 des WSOP 2025 : un NLHE à $600, 6,000 joueurs, 30,000 de stack, niveaux de 30 minutes. Si l’on en croit la formule approximative qui estime que le tournoi se termine lorsque la BB atteindra le montant correspondant à 3 % des jetons en circulation : on peut estimer qu’il durera au maximum 45 niveaux, soit 22h30 de jeu. Dans la réalité il s’est arrêté au niveau 42 lorsque les joueurs avaient encore 36BB de moyenne, soit environ 21h00 de jeu.
Imaginons maintenant que le casino double le stack de départ : 60,000 chips au lieu de 30,000, tout le reste reste identique.
Les jetons en circulation doublent. La big blind cible en fin de tournoi (environ 3% des jetons totaux) double aussi. Comme la structure des blinds progresse de façon géométrique — chaque palier multiplie les blinds par un facteur de 1,25 à 1,5 — atteindre une BB deux fois plus haute prend mécaniquement 2 à 3 niveaux supplémentaires. Le tournoi passe théoriquement de 45 à 48 niveaux, soit 24h00 au lieu de 22h30.
Le doublement du stack ajoute 1h30 sur 22h30 de tournoi. Soit +6,7% de durée totale. Exprimé autrement : c’est comme si on avait ajouté 2 minutes à chaque niveau de 30 minutes.
On peut même trouver des exemples de tournois dans le même casino qui ont les mêmes durées de niveaux et des starting stacks differents : on si dit « ah super je vais jouer celui avec le gros stack » : erreur ils lui ont enlevé le 1er niveau et donc est finalement moins bon…
Les mega-ultra-ultimate stacks : ce n’est pas ce que veulent les joueurs, mais même eux ne le savent pas.
Doubler le stack ne coûte presque rien au casino — c’est de la poudre aux yeux. L’effet marketing est réel : “100,000 de stack !”. Le joueur peu aguerri à l’analyse des structures va y voir un signe de générosité et penser : deux fois plus de jetons, tournois deux fois plus long, gros confort de jeu. Pas du tout, on le répète, le confort de jeu est à peine augmenté.
La durée des niveaux : le vrai levier
Reprenons le même tournoi à 30,000 chips, 30 minutes par niveau. Cette fois, au lieu de doubler le stack, on passe les niveaux de 30 à 40 minutes, soit 33 % de temps en plus à chaque niveau. Mécaniquement le tournoi durera 33 % de plus (dans l’exemple ce serait environ 30h au lieu de 22h30. Et surtout, ce confort est distribué uniformément sur tous les niveaux. Davantage de situations de jeux se présenteront à chaque niveau, que ce soit en early game lorsque les stacks sont profonds et le poker se joue souvent sur 3 streets qu’en late game lorsque chaque décision peut mettre en jeu son tournoi. A chaque étape le joueur est moins dans l’urgence pour trouver un spot décisif et le joueur aguerri augmentera son avantage sur le joueur médiocre qui aura plus d’occasion de faire des erreurs.
Le doublement du stack offrait 1h30 de jeu court supplémentaire. L’allongement des niveaux de 30 à 40 minutes offre 7h30 de jeu en plus.
La vitesse d’augmentation des blinds : le paramètre invisible
C’est le paramètre le plus ignoré, et pourtant très impactant.
Deux tournois peuvent avoir exactement le même stack de départ et les mêmes durées de niveaux — et produire une expérience de jeu radicalement différente selon la vitesse à laquelle les blinds augmentent.
Prenons l’exemple de deux tournois ayant lieu cet été à Vegas, chacun a un buy-in de $300, 30,000 jetons de starting stack et des levels de 30 minutes. L’un se joue au South Point Casino et l’autre à l’Orleans : même buy-in mêmes paramètres affichés et pourtant…
Pour comparer objectivement, on utilise le M — le rapport entre ton stack et le coût d’une orbite complète (SB + BB + antes). C’est la mesure la plus directe de ta profondeur réelle : un M de 20 signifie que tu peux survivre 20 orbites sans jouer une seule main.
Au niveau 1 :
- South Point $300 Multi-Day : M(starting stack) = 100
- Orleans Monster Stack $300 : M(starting stack) = 60
Au 1er niveau l’Orleans est significativement plus serré.
Au niveau 8 : les deux structures convergent. M(starting stack) = 10 dans les deux cas.
Au niveau 20 : la structure de l’Orleans a nettement fait la différence dans l’autre sens. Le coût d’une orbite au South Point est deux fois plus élevé qu’à l’Orleans (100 000 vs 50 000). L’Orleans a une progression bien plus douce que le South Point qui a supprimé des niveaux naturels pour aller plus vite réduisant l’avantage des joueurs avec skill par rapport aux joueurs moins avancés.


Résultat : avec 500 joueurs, le South Point aura une durée totale de 2h30 inférieure, ce qui est assez considérable et que rien ne laissait le présager à la lecture du « $300, 30k chips, 30min blinds » dans les 2 cas.
Ce que cette comparaison révèle
Deux tournois identiques sur le papier. Deux expériences de jeu différentes. Le tournoi du South Point pris en exemple offre plus de profondeur en early game mais c’est ici encore de la poudre aux yeux. L’Orleans compense par une progression plus douce et par conséquent une durée totale significativement plus longue.
Ni l’un ni l’autre n’est objectivement “meilleur” — ça dépend du style de chacun et de ce que tu cherches. On sait que certains aiment les tournois turbo qui se finissent rapidement. Mais ce n’est pas le même tournoi. Et sans analyser la vitesse d’augmentation des blinds niveau par niveau, tu n’as pas vraiment de moyen de le savoir.
Comment synthétiser tout ça
Analyser une structure niveau par niveau avant chaque tournoi n’est pas réaliste — surtout quand on envisage de jouer 20 events sur un trip à Vegas parmi les 1,500 proposés chaque été.
C’est exactement le problème que le spts(Structure Points Score) cherche à résoudre : un indicateur unique qui capture simultanément le stack de départ, la durée des niveaux et la vitesse d’augmentation des blinds. Pas de magie — juste le calcul fait une fois pour toutes sur chaque structure, avec un score comparable d’un tournoi à l’autre.
L’Event 10 WSOP à $600 affiche un spts de 74. Le Monster Stack Orleans à $300 est à 73 spts. Le Multi-Day South Point à $300 n’est qu’à 53 spts. Ces chiffres ne disent pas qui va gagner, mais ils te disent dans quel type de tournoi tu vas passer du temps et dans lequel tu risques de sauter plus rapidement. Le tournoi du WSOP qui a la même qualité mesurée que le tournoi de l’Orléans durera malgré tout plus longtemps intrinsèquement car il y aura environ 10 fois plus de joueurs, et donc 10 fois plus de jetons en circulation, et donc un BB de fin attendue 10x plus élevée.
Ce qu’il faut vraiment regarder avant de s’inscrire
Si le calcul du spts est difficile, une méthode plus simple est de calculer le 100%minutes. C’est le temps qu’il faut pour atteindre le niveau où une orbite coûte un starting stack. Par exemple pour le $300 de l’Orleans c’est le niveau 18 (6,000/12,000/12,000) donc 9h de jeu. Pour le $300 South Point c’est 16 niveaux donc 8h de jeu. Pour le WSOP $600 évoqué au dessus, c’est 19 niveaux donc 9h30. Pour le WSOP senior dont on a parlé plus haut pour proposer peu de jetons au départ (20,000) c’est 17h de jeu alors que ce n’est que 8h30 pour les « dailys » du Wynn à $1,100 qui se finissent le jour même et c’est 7h30 pour les dailys du Horseshoe à $250. En dehors du Senior WSOP tous ont des starting stacks de 30,000 et des niveaux de 30 minutes.
La prochaine fois que tu compares deux tournois :
Ignore le stack de départ brut, ce n’est pas lui qui fait la différence. Regarde plutôt la durée des niveaux — c’est le multiplicateur le plus direct du temps réel de jeu Et essaye d’analyser la progression des blinds, des niveaux en moins voire parfois des montées brutales entraînent automatiquement des tournois crapshot.
Quels outils peuvent m’aider ?
Des outils existent désormais et parmi eux, l’application MPpokerSeries permet d’un seul coup d’oeil de connaître toutes les infos importantes, et notamment le spts, en plus des durées des niveaux et du starting stack. L’appli fournit également la structure complète pour ceux qui souhaiteraient la regarder en détails.
Mais cette application fait encore davantage en fournissant également un système de rapport profondeur/buy in. En effet, ce n’est pas vraiment la même chose d’avoir un tournoi à 81 spts si celui ci est à $400 de buy in ou si celui ci est à $5,000. Dans le 1er cas ce sera très difficile de trouver mieux à ce buy-in c’est une très belle structure. Dans le 2nd cas c’est un peu l’inverse. Payer $5,000 pour une structure pas très deep, c’est qu’on a une énorme bankroll et pas trop de temps. Sur l’app MyPokerSeries vous pourrez en 1 clin d’oeil voir que le 1er a 5 coeurs (on le recommande fortement si on cherche un tournoi à ce prix) et le second 1 seul (on conseille de l’éviter à ce niveau de buy-in).
D’autres outils peuvent également apporter de l’aide à la décision, mais MyPokerSeries présente l’avantage de tout intégrer en une seule app.